Laïque, le hic ou le couac.

Publié le par Kathia Martinez

La laïcité, cette loi, garantissant la séparation de l'église et de l'État depuis 1905 en France est soumise aux débats au niveau politique, dans les médias ainsi que sur les différents réseaux sociaux, depuis quelques années déjà et surtout depuis les derniers attentats perpétrés en France le 13 novembre 2015.

Avant de comprendre ce qui se joue dans ce mot, regardons à la fois son étymologie et ce qu'il a signifié au fil des siècles. La "laïcité" est un mot venant du grec, "Laikos", lui-même dérivé de "Laos", signifiant "le peuple" en grec et du suffixe "Ikos" qui signifie "commun". Ce mot est entré dans la langue française au XIIIème siècle et servait à qualifier, au moyen-âge donc, un chrétien baptisé mais ne faisant pas partie du clergé. Depuis la révolution française, jusqu'au 20ème siècle, la laïcité française visait à donner moins de pouvoir à l'église, elle a permis la liberté de conscience et de culte, elle a nourri et enrichi la liberté d'opinion et  elle est la loi qui a permis la séparation du pouvoir politique avec celui de l'église. Cela signifie aussi que l'état ne reconnait aucune religion, qu'il doit garantir cette neutralité.

Vu comme cela, le concept de la laïcité devrait être une porte vers l'union aux valeurs républicaines, que l'on croie, ou non. Or, il devient un frein, un sujet de dissension, de divorce au sein de la gauche plurielle française, au sein de la population, alimenté aussi par les différents médias.

Pourquoi la France du début 21 ème a-t-elle un souci avec ce principe ?

Depuis quelques années, de plus en plus de gens de confession musulmane montrent leur appartenance religieuse à travers leur habillement. Les divers attentats qui s'abattent sur le monde et dans l'hexagone au nom d'un islam radical, qui sévit, qui cause des millions de morts au moyen-orient, pétrit le monde occidental et la France. D'un côté, on fait l'amalgame entre une religion, qui a une mystique, une histoire, des courants culturels, qui a toute la légitimité d'être avec cette barbarie humaine qui monte des tréfonds, cette folie meurtrière nourrie à la superstition, à la haine, cette marge de l'humanité qui terrorise cette autre humanité qui veut avancer.

D'un côté, on a une France, libérée du joug manichéen du monothéisme, de sa morale pudibonde, à force de cette laïcité qui a permis de s'affranchir aussi des superstitions pour regarder l'humain de manière plus épaisse, à force de cette laïcité qui a permis à des générations d'immigrés de garder leur croyance et leurs traditions, à force de cette laïcité qui a permis d'être français au delà de nos origines et de nos traditions.

Seulement, la France compte prés de 8 millions de musulmans et ces derniers ne se sentent pas traités comme les autres pratiquants, d'autres religions. Ils se sentent acceptés avec le signe moins. En regardant ce point de vue d'un peu plus prés, on ne peut que malheureusement reconnaitre que cela est vrai. Oui, les musulmans sont souvent le sujet de quolibets,  de nombreux jeunes maghrébins font l'expérience du racisme violemment, sous diverses formes, la majorité des musulmans en France vivent dans des ghettos, en périphéries urbaines, le plus souvent. Seulement, les musulmans ne sont pas les maghrébins et ces derniers sont ne sont pas  tous musulmans. Être originaire du magreb ne signifie pas être musulman. On peut être issu d'une culture musulmane sans être soi-même musulman ! On a le droit d'être ce que l'on veut ! En France, tous les musulmans ne sont pas maghrébins et la proportion est encore plus vérifiable à l'échelle mondiale. Ce qui est rejeté ce n'est pas l'Islam à proprement parlé mais les résultats du post-colonialisme. Il s'agit de la population maghrébine venue en France sur un très long terme et qui n'a pas bénéficié d'une politique visant à englober et à reconnaître cette population d'une autre culture. Les différentes politiques menées, l'assimilation et l'intégration, ont échoué parce que l'essentiel de la démarche n'était pas présent. Ceci est dû à un manque de courage politique, sans doute. Des générations françaises d'immigrés issues du post-colonialisme se sentent traitées avec le signe moins. Oui, cela est vérifiable.

Seulement, nous ne pouvons pas simplifier ces débats autour de la laïcité que de ce point de vue là. Regardons d'abord qui véhicule ce besoin de s'habiller religieusement et de manière très visible pour demander le même traitement de pratique que les autres obédiences. Il s'agit de plusieurs mouvances radicalisées, dont les foyers "intellectuels" se trouvent en arable-saoudite, au Qatar, en Irak et en Syrie pour les sunnites et en Iran pour les chiites. Ces mouvances se servent de ces populations et de cette jeunesse en doute et en révolte. Si le gouvernement impose une neutralité, il se mêle de la liberté de conscience et de la manière de l'exprimer. Si le gouvernement laisse agir ces mouvements vers le religieux politique, véhiculé par les mouvances radicalisées, il met en danger les valeurs de la république car avant tout la laïcité c'est la neutralité religieuse au niveau politique. Quand on s'empare de la laïcité, on s'empare d'un espace de la politique Française.

Le hic c'est que si l'on impose une neutralité religieuse dans la rue, dans son habillement, on donne à l'état un pouvoir qu'il ne devrait pas avoir, celui d'imposer une manière de penser, ce qui serait la négation de la liberté de conscience et d'expression. On risque de tomber dans ce qui niera la laïcité, c'est à dire que nous tomberons dans une forme de religiosité. Si nous ne soulevons pas les interdits, si nous ne défaisons pas les amalgames, si nous garantissons pas les mêmes droits à tout un chacun, si nous nous ne mettons pas le doigts sur les vrais problèmes, et sur les vraies manipulations, nous en créerons d'autres.

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