Violence commune

Publié le par Kathia Martinez

Extrait de récit. Scène. Personnages volontairement épurés, défaits d'épaisseurs personnelles, sans prénom, tout en étant construits par leur intériorité. Dialogue par la seule alternance féminin, masculin.  (nouvelle).

 

- Tu ne te rends pas compte… Tu te disputes avec tout le monde !

- Non, pas avec tout le monde mais il est vrai que je peux envoyer chier même des gens que j’apprécie et que j’estime.

- Mais tu es fou, tu as un souci avec l’autre. Toujours entrain de te battre, de te quereller. Tu n’as pas autre chose à faire que de dépenser cette énergie dans ces conflits ?

- Toi, tu ne te disputes jamais avec les gens, c’est vrai, je l’ai remarqué très souvent. Tu prends part fort souvent cela dit...mais tu ne dis jamais rien à haute voix ou plutôt tu le dis mais dans le dos des gens concernés. En fait, c’est assez lâche et médiocre mais ça te donne un air de supériorité. Donc j’ai un souci avec l’autre mais pas toi, toi, en fait tu aimes beaucoup l’autre, c’est pour cela que tu ne reconnais jamais tes errements ni tes fautes. Mais tu n’as pas de souci avec l’autre, c’est moi qui en ai, sans doute parce que j’ai osé te dire que tu as peut-être été vraiment à côté, que tu n’as pas été à la hauteur... tu sais… Mais ce n’est pas grave, en soi, on a tous des manquements vis à vis des autres, ce qui est par contre un peu malhonnête c’est que tu me fasses porter cela. Et puis, tu es comme tu es, avec tes faiblesses, tes failles, j’ai autre chose à faire que de te juger, je te dis juste, que oui, là, tu as mal agi.

- Mais tout le monde le dit, les collègues, tous le disent…

- Oui, c’est vrai que j’ai pas mal envoyé bouler par ici, il faut dire qu’il y a matière… Tous ces gens qui aiment vomir sur les uns et les autres, sur une sous petite surface, dans cet endroit exigu, c’est tout de même rare. Cela dit, j’aime des gens depuis très longtemps et ces gens je les trouve beaux, depuis longtemps aussi. Mais,oui, ici, j’ai battu mes records. Et donc, vous détenez une grande vérité sur moi, c’est ce que tu tentes de me dire ? Tu veux, ainsi, par cette démonstration, en t’appuyant sur ces gens que tu as si souvent critiqués, que tu n’estimes pas, que là, oui, ils ont raison, ils savent une grave vérité sur ma personne. Soit.

- Tu ne veux pas comprendre. Tu es violent !

- Oui ! je suis violent. On est tous violents. Les silences, les sourires en coin, les regards gênés, les moqueries à peine cachées, c’est tout aussi violent. L’humain est violent. J’ai une autre forme de violence, c’est tout. Seulement ma violence c’est d’envoyer chier mais je ne touche pas à la dignité des gens, ni à leur vie, je ne me permets pas, rien ne le permet alors que toi, tu dénigres, tu fuis quand tu n’es pas à la hauteur, tu fais porter à l’autre ta part de culpabilité ainsi. Quand il y a des tensions, tu es celle qui fait la fille au-dessus alors que tu te complais à juger les uns et les autres. En fait, tu es très violente aussi mais la tienne de violence est commune. Elle est courante et communément partagée : On se fout de la gueule de tout le monde, on préjuge et juge, à tout va, on participe à des ostracismes même, nous sommes de gros hypocrites qui ne nous aimons pas, nous sommes des violents… mais normaux.

- Ce n’est pas la peine de discuter avec toi.

- Oui c’est la peine, il y a de la peine de soi derrière tout ça, tu devrais peut-être l’écouter, tu aimerais sans doute plus l’autre ensuite et tu n’aurais pas besoin d’aller te conforter dans les jugements de gens que tu méprises… Voilà, je te laisse, j’ai des gens à découvrir et à aimer.

Kathia Martinez

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